Bien débuter avec les collemboles (méthode simple)
Bien débuter avec les collemboles (méthode simple)
Honnêtement, la première fois que j'ai entendu parler de mettre des insectes volontairement dans mes plantes, j'ai cru à une blague. On passe notre temps à chasser les cochenilles et les moucherons, et là, on me disait d'ajouter des bestioles dans mon salon ?
Si vous êtes ici, c'est que vous avez dépassé ce stade de l'appréhension. Vous avez compris que pour avoir un terrarium sain, autonome et qui ne finit pas couvert de moisissure blanche en trois semaines, il faut de la vie. C'est là que les collemboles entrent en scène.
Je ne vais pas vous faire un cours de biologie magistral. Ce qu'on veut, c'est savoir comment les maintenir en vie, comment les faire se reproduire et comment ils vont sauver vos créations végétales. Voici ma méthode, testée (et approuvée après quelques échecs) pour bien démarrer votre élevage sans prise de tête.
Pourquoi ces petites bêtes sont indispensables ?
Imaginez que vous construisez une maison, mais que vous oubliez d'engager le service de nettoyage et de gestion des déchets. Au début, tout est beau. Mais très vite, la poussière s'accumule, les poubelles débordent.
Dans un terrarium, c'est pareil. Les feuilles mortes tombent, le bois se dégrade, et surtout, l'humidité constante est un terrain de jeu idéal pour les moisissures. Sans collemboles, ces moisissures vont s'attaquer à vos mousses et étouffer vos plantes.
Le collembole, c'est l'agent d'entretien ultime. Il se nourrit de :
- Spores de champignons et moisissures (son plat préféré).
- Matière végétale en décomposition.
- Déchets des autres habitants (comme les isopodes).
En plus de nettoyer, ils transforment ces déchets en nutriments assimilables par vos plantes. C'est le cycle de la vie, version miniature.
Choisir ses premiers soldats
Il existe des milliers d'espèces. Mais ne nous compliquons pas la vie. Pour débuter, visez le classique : le collembole tropical blanc (Folsomia candida ou espèces proches).
Pourquoi eux ? Parce qu'ils sont incroyablement résistants. Ils pardonnent les erreurs de débutant. Ils se reproduisent vite et supportent très bien la température de nos intérieurs (autour de 20-22°C). Vous pouvez retrouver nos souches de collemboles prêtes à l'emploi si vous voulez démarrer sur de bonnes bases.
Il existe aussi des collemboles globuleux ou des espèces de climats arides, mais gardez ça pour plus tard, quand vous aurez pris le coup de main.
L'installation : La méthode "Tupperware"
Pas besoin d'acheter un équipement de laboratoire. Pour élever vos collemboles, une simple boîte en plastique hermétique suffit. J'utilise souvent des boîtes alimentaires de récupération.
Le substrat : Charbon ou Terreau ?
C'est le grand débat. Voici mon avis tranché après avoir essayé les deux.
Option 1 : Le charbon de bois horticole (La méthode propre)
C'est celle que je recommande pour débuter. Vous remplissez le fond de votre boîte avec des morceaux de charbon de bois, et vous mettez de l'eau jusqu'à mi-hauteur des morceaux. Le charbon reste humide par capillarité, mais offre des zones sèches en surface.
- Avantage : On voit très bien la population, et c'est super facile de les récolter (on en reparle plus bas). Pas d'acariens indésirables.
- Inconvénient : Il faut les nourrir régulièrement car le charbon n'apporte rien.
Option 2 : Le terreau / Fibre de coco
Plus naturel, mais plus salissant.
- Avantage : Ils trouvent de la nourriture dans le substrat lui-même.
- Inconvénient : Difficile de les attraper pour les mettre dans le terrarium sans mettre de la terre partout. On a aussi plus de risques de voir apparaître d'autres bestioles.
L'entretien : Comment ne pas les tuer ?
C'est là que j'ai fait le plus d'erreurs au début. On a tendance à vouloir trop bien faire.
1. L'humidité est votre Dieu
Si votre boîte sèche, c'est le génocide assuré en moins de 24 heures. Les collemboles respirent par leur peau (cuticule) et ont besoin d'une atmosphère saturée en humidité. Vérifiez votre boîte une fois par semaine. S'il n'y a plus de condensation sur les parois, remettez un peu d'eau (de préférence sans chlore ou de l'eau de pluie).
2. L'air, c'est important
Même s'ils aiment l'humidité, ils ont besoin d'oxygène. J'ouvre mes boîtes tous les 2-3 jours pour renouveler l'air. Si vous partez en vacances deux semaines, ça tiendra, mais n'oubliez pas ça sur le long terme.
3. Le nourrissage : La main légère !
L'erreur classique : mettre trop de nourriture. Si la nourriture moisit trop vite (ironique pour des mangeurs de moisissure, non ?), elle va polluer la boîte et tuer la souche.
Donnez-leur l'équivalent d'un grain de riz tous les 3-4 jours pour une petite population. Augmentez la dose si tout disparaît en 24h. Vous pouvez utiliser de la levure de bière en paillettes, des grains de riz crus, ou pour booster la reproduction, une alimentation spécifique pour microfaune qui contient les vitamines nécessaires pour booster la ponte.
Comment transférer les collemboles dans le terrarium ?
Vous avez votre souche, elle grouille de vie (bravo !), maintenant il faut les mettre dans leur nouvelle maison.
Si vous avez choisi la méthode du charbon de bois, c'est magique :
1. Remplissez votre boîte d'élevage avec de l'eau jusqu'à ras bord.
2. Les collemboles flottent (ils sont hydrophobes, ils ne coulent pas).
3. Versez doucement l'eau contenant les collemboles directement dans votre terrarium.
4. Remettez l'eau excédentaire hors de la boîte d'élevage et c'est reparti.
C'est propre, net et sans bavure. C'est idéal si vous voulez ensemencer plusieurs petits terrariums à partir d'une seule boîte.
Si vous voulez aller plus loin et créer un véritable écosystème, n'hésitez pas à coupler les collemboles avec des isopodes. Vous trouverez tout ce qu'il faut dans notre section dédiée à la microfaune.
Les signes que quelque chose ne va pas
Même avec la meilleure volonté, parfois, ça capote. Voici les signes d'alerte :
Ils ne bougent plus ou très peu : Il fait probablement trop froid ou trop sec. Vérifiez l'humidité.
Il y a une odeur d'égout : Vous avez trop nourri, l'eau est polluée. Il faut changer le charbon ou rincer la souche délicatement.
Des petites billes rouges ou brunes apparaissent : Ce sont souvent des acariens. Ils peuvent faire concurrence aux collemboles. Si l'invasion est massive, il vaut mieux souvent recommencer une nouvelle souche propre en prélevant quelques collemboles sains.
Conclusion
L'élevage de collemboles est probablement l'aspect le plus simple et le plus gratifiant de la terrariophilie. C'est une assurance-vie pour vos plantes. Ne vous mettez pas la pression : ces bestioles sont sur Terre depuis des millions d'années, elles savent survivre. Donnez-leur de l'humidité et un peu à manger, et elles feront le reste du travail pour vous.
Prenez le temps d'observer votre terrarium une fois les collemboles installés. Les voir s'activer sur une feuille morte est étrangement apaisant. Bonne culture !
FAQ : Vos questions fréquentes
Est-ce que les collemboles peuvent s'échapper et envahir ma maison ?
C'est la peur numéro 1 ! La réponse est non. Les collemboles ont un besoin vital d'humidité très élevée. S'ils sortent du terrarium ou de leur boîte, ils se dessèchent et meurent en quelques minutes dans l'air sec de nos maisons. Ils ne risquent pas d'aller grignoter vos tapis ou vos vêtements.
Combien de collemboles faut-il pour un terrarium ?
Pour un petit bocal (type pot de confiture ou petit vase), une cinquantaine suffit pour démarrer. Pour un grand terrarium (20-30 litres), versez une bonne moitié de boîte. Ils réguleront leur population eux-mêmes en fonction de la nourriture disponible.
Je ne vois plus mes collemboles dans le terrarium, sont-ils morts ?
Pas forcément. Ils aiment se cacher dans le substrat ou sous les mousses, là où l'humidité est maximale. Pour vérifier, posez un petit morceau de courgette ou de champignon le soir. Le lendemain matin, regardez dessous : s'il y a de la vie, ils seront là !
