Comment multiplier rapidement une culture de collemboles ?
Comment multiplier rapidement une culture de collemboles ?
On est tous passés par là. Vous venez de terminer l'aménagement de votre nouveau terrarium, les plantes sont magnifiques, le substrat est parfait. Mais au bout de quelques jours, une petite moisissure blanche commence à apparaître sur cette belle branche de bois de liège que vous avez soigneusement sélectionnée. C'est le moment de faire appel à la cavalerie : les collemboles. Le problème ? Vous regardez votre unique boîte achetée le mois dernier, et elle semble désespérément vide. Vous vous demandez alors comment multiplier rapidement une culture de collemboles pour ne plus jamais être à court.
Je me souviens de mes débuts, où je dépensais des fortunes pour racheter sans cesse de nouvelles souches. Jusqu'au jour où j'ai compris que l'élevage de ces petits détritivores n'était pas seulement facile, mais qu'il pouvait être extrêmement prolifique avec les bonnes méthodes. Dans cet article, je vais partager avec vous toutes mes astuces, mes échecs (parce qu'il y en a eu !), et mes réussites pour faire exploser la population de vos boîtes d'élevage en un temps record.
Pourquoi est-il crucial d'élever ses propres collemboles ?
Avant de rentrer dans la technique pure, parlons un peu de l'intérêt de la chose. Quand on débute en terrariophilie, on a tendance à voir la microfaune comme un simple "consommable". On achète une boîte, on la vide dans le terrarium, et on passe à autre chose. Mais plus on avance dans la passion, plus on se rend compte que cette approche a ses limites.
D'abord, il y a l'aspect financier. Si vous maintenez plusieurs terrariums, ou si vous élevez des amphibiens comme des Dendrobates qui se nourrissent de ces minuscules proies, votre budget microfaune va vite devenir colossal. Élever soi-même ses collemboles permet de faire des économies considérables. Ensuite, il y a la disponibilité. Avoir une culture saine chez soi, c'est la garantie de pouvoir ensemencer un nouveau bac à n'importe quel moment, de jour comme de nuit, sans attendre une livraison qui pourrait mal se passer à cause des températures extrêmes de l'hiver ou de l'été.
Enfin, maîtriser la reproduction de la microfaune vous donne une bien meilleure compréhension de l'équilibre biologique de vos terrariums. C'est une porte d'entrée fascinante vers la création d'écosystèmes véritablement durables et autonomes.
Qui sont vraiment les collemboles ? (Un peu de biologie pour mieux élever)
Pour bien élever un organisme, il faut le comprendre. J'ai longtemps cru que les collemboles étaient de simples petits insectes blancs. Techniquement, ce ne sont même pas des insectes ! Ce sont des hexapodes, une classe à part. Ils sont apparus sur Terre bien avant les dinosaures, ce qui prouve leur incroyable résilience et leur capacité d'adaptation.
Leur rôle dans la nature, et par extension dans nos terrariums, est celui d'éboueurs et de jardiniers. Ils ne s'attaquent jamais aux plantes saines. Leur repas préféré ? Les champignons (mycélium), les moisissures, les levures, le bois pourrissant et les déjections de vos animaux. En consommant ces éléments, ils les transforment en nutriments directement assimilables par vos plantes tropicales. C'est le principe même du terrarium bioactif.
Anatomie d'une machine à composter
Si vous avez déjà essayé d'attraper un collembole, vous avez sûrement remarqué sa capacité à faire des bonds impressionnants. Cela est dû à un organe spécialisé appelé la furca (ou furcula), situé sous leur abdomen. C'est un mécanisme de défense pur et simple contre les prédateurs. Mais ce qui nous intéresse le plus pour notre élevage, c'est un autre organe : le collophore. Ce petit tube ventral leur sert à aspirer l'humidité de leur environnement. C'est l'information la plus cruciale de cet article : un collembole sans humidité constante est un collembole mort en quelques heures.
Les différentes espèces rencontrées en terrariophilie
Toutes les espèces ne se multiplient pas à la même vitesse. Pour un élevage rapide, il faut choisir la bonne souche. Voici les principales que j'ai pu tester :
Folsomia candida : C'est la star incontestée. Ce petit collembole blanc tropical est le plus répandu en terrariophilie. Pourquoi ? Parce qu'il est parthénogénétique. Cela signifie que les femelles peuvent se reproduire toutes seules, sans avoir besoin d'un mâle ! C'est le secret absolu de leur multiplication exponentielle. Dans des conditions optimales, une population peut doubler en moins d'un mois.
Proisotoma minuta : Légèrement plus petits et souvent grisâtres, ils sont très actifs sur la surface du substrat. Ils sont excellents pour les terrariums très humides et se multiplient aussi très vite, bien qu'un peu moins rapidement que les Folsomia selon mon expérience personnelle.
Les collemboles géants (Orange ou Bilobella braunerae) : Magnifiques, charnus, parfaits comme proies pour des amphibiens un peu plus grands. Mais attention, leur cycle de reproduction est beaucoup, beaucoup plus lent. Si votre but est la quantité rapide, ce n'est pas vers eux qu'il faut se tourner en premier.
Le matériel : Préparer la pouponnière idéale
Oubliez les installations complexes et coûteuses. L'élevage de collemboles demande très peu de matériel, mais ce matériel doit être bien choisi. La clé de la réussite réside dans la stabilité de l'environnement que vous allez créer.
Le contenant : Le choix de la boîte
J'ai tout essayé : les pots en verre, les boîtes à chaussures en plastique transparent, les terrariums miniatures... Finalement, le meilleur contenant reste la simple boîte hermétique en plastique de type "Tupperware", d'une contenance d'environ 1 à 2 litres. Il est vital que cette boîte ferme bien. Pourquoi ? Pour conserver une humidité proche de 100%.
Beaucoup de débutants pensent qu'il faut percer des trous pour l'aération. C'est une erreur classique que j'ai moi-même commise. En perçant des trous, l'humidité s'échappe, le substrat sèche, et la culture s'effondre. Les collemboles consomment très peu d'oxygène. L'ouverture de la boîte une à deux fois par semaine pour les nourrir suffira amplement à renouveler l'air. Si vous tenez absolument à avoir une aération continue, vous devez percer des trous minuscules et les recouvrir d'une moustiquaire très fine, mais cela vous obligera à surveiller constamment l'humidité.
Le choix du substrat : Le grand débat
C'est ici que les écoles s'affrontent. J'ai pratiqué trois méthodes différentes au fil des années, et chacune a ses avantages. Pour une multiplication "rapide", le choix du substrat va surtout dépendre de vos habitudes d'entretien.
Méthode 1 : Le charbon de bois (La classique)
C'est probablement la méthode la plus connue. Elle consiste à remplir la boîte à moitié avec des morceaux de charbon de bois naturel (attention, pas de briquettes pour barbecue pleines d'additifs toxiques !). On ajoute de l'eau déminéralisée ou de l'eau osmosée jusqu'à submerger environ un tiers du charbon.
Avantages : C'est extrêmement propre. Le charbon purifie l'eau et évite les mauvaises odeurs. Il est très facile d'observer la population puisqu'ils se détachent en blanc sur le fond noir. La récolte est un jeu d'enfant : il suffit de remplir la boîte d'eau, les collemboles flottent, et on les verse dans le terrarium.
Inconvénients : Le charbon n'apporte strictement aucune valeur nutritive. Si vous oubliez de nourrir votre culture, elle stagnera ou mourra rapidement. De plus, j'ai remarqué que bien que la population soit facile à récolter, la multiplication est parfois un peu moins explosive que sur substrat naturel, car il y a moins de surface "biologique" à exploiter.
Méthode 2 : Le substrat terreux (La naturelle)
Ici, on recrée un mini-sous-bois. J'utilise généralement un mélange de fibre de coco, de tourbe, et j'y ajoute des décors naturels comme des feuilles mortes de chêne ou de badamier broyées, et un peu de sphaigne.
Avantages : C'est là que j'ai obtenu mes explosions démographiques les plus folles. Le substrat naturel regorge de micro-organismes, de champignons microscopiques et de matières en décomposition. Même si vous oubliez de nourrir pendant un mois, les collemboles trouveront de quoi manger. L'environnement est beaucoup plus riche.
Inconvénients : La récolte est plus compliquée. Vous ne pouvez pas juste verser de l'eau. Il faut mettre un morceau de légume ou d'écorce, attendre que les collemboles s'agglutinent dessus, et le tapoter au-dessus du terrarium. C'est aussi un milieu plus propice au développement d'acariens indésirables si on gère mal la nourriture.
Méthode 3 : L'argile calcique (La professionnelle)
C'est la méthode utilisée par de nombreux éleveurs professionnels aux États-Unis, et elle commence à arriver chez nous. On utilise un mélange d'argile (type bentonite ou kaolin) mélangé à de la poudre de calcium, de la tourbe et de l'eau pour créer une sorte de pâte épaisse que l'on tapisse au fond de la boîte.
Avantages : L'argile retient l'humidité de façon incroyable sans jamais être détrempée. Le calcium intégré renforce la santé des collemboles. C'est très propre, facile à récolter (en tapotant la boîte retournée), et la multiplication est excellente.
Inconvénients : Le substrat est plus complexe à préparer soi-même et demande de trouver les bons ingrédients. Il a aussi tendance à se rétracter et se fissurer en séchant si on manque de vigilance.
Les paramètres environnementaux : Créer le climat parfait
Vous avez votre boîte, votre substrat et votre souche de départ. Maintenant, il faut régler le climat. Les collemboles sont robustes, ils survivent dans de mauvaises conditions, mais "survivre" n'est pas "se multiplier rapidement". Pour booster la ponte, il faut viser l'excellence.
La température : Le moteur de la reproduction
La température agit comme un accélérateur ou un frein sur le métabolisme de ces invertébrés. À 18°C, votre culture va bien se porter, mais le cycle de l'œuf à l'adulte reproducteur prendra plusieurs semaines.
Pour une multiplication express, la température idéale se situe entre 22°C et 26°C. Dans cette plage, le métabolisme tourne à plein régime. J'ai constaté qu'autour de 24°C constants, une femelle Folsomia candida peut pondre des dizaines d'œufs qui écloront en moins d'une semaine. Attention cependant à ne pas dépasser les 28-30°C. Au-delà, c'est l'hécatombe garantie. La chaleur excessive combinée à l'humidité crée un étouffement de la culture.
Astuce pratique : Je place généralement mes boîtes d'élevage sur le dessus ou à proximité immédiate de l'éclairage de mes terrariums. La chaleur douce dégagée par les lampes ou les rampes LED est souvent suffisante pour maintenir la boîte à la bonne température, sans avoir besoin d'acheter un tapis chauffant supplémentaire.
L'humidité : Une question de vie ou de mort
Je l'ai mentionné plus tôt, mais je le répète car c'est la cause numéro un d'échec chez les débutants : l'humidité doit être maximale. Le taux d'hygrométrie de l'air dans votre boîte doit frôler les 90 à 100%.
Si vous êtes sur du charbon, veillez à ce qu'il y ait toujours un fond d'eau. Si vous êtes sur du terreau, le substrat doit être humide au point que si vous le pressiez dans votre main (ne le faites pas avec les collemboles dedans, évidemment), quelques gouttes en sortiraient, mais il ne doit pas être un marécage boueux. L'utilisation d'eau osmosée, d'eau de pluie propre ou d'eau minérale en bouteille est fortement recommandée. L'eau du robinet contient souvent du chlore et des chloramines qui, à la longue, peuvent nuire à la microfaune.
Pour l'entretien quotidien de mes terrariums, j'utilise un bon système de brumisation, mais pour mes boîtes d'élevage, un simple vaporisateur manuel propre fait parfaitement l'affaire. Un petit pschitt sur les parois lors du nourrissage permet de maintenir l'équilibre.
L'obscurité : Leur zone de confort
Les collemboles sont lucifuges. Dans la nature, ils vivent sous les feuilles, dans le sol, à l'abri de la lumière directe du soleil. Si vous exposez votre culture en plein soleil, non seulement la température va grimper dangereusement à cause de l'effet de serre de la boîte en plastique, mais les collemboles vont stresser et cesser de se reproduire. Gardez vos boîtes dans un placard, sur une étagère à l'ombre, ou dans une pièce peu éclairée. L'obscurité totale n'est pas obligatoire, mais la lumière directe est à proscrire.
L'alimentation : Le secret ultime d'une explosion démographique
C'est ici que se joue la vraie différence entre une culture qui vivote et une culture qui explose. Nourrir abondamment permet d'augmenter le taux de reproduction, mais c'est une arme à double tranchant. Trop de nourriture inadaptée va pourrir, dégager de l'ammoniac et du CO2, et tuer toute la colonie en 48 heures.
Que mangent-ils concrètement ?
Dans un terrarium, ils mangent les déchets. Dans une boîte stérile, c'est à vous de leur fournir le "carburant". Voici les aliments les plus efficaces pour booster la ponte :
1. La levure de bière ou levure de boulanger (en paillettes ou en poudre) : C'est mon aliment préféré, et de loin. Elle est hyperprotéinée, riche en vitamines du groupe B, et se transforme rapidement en un biofilm dont les collemboles raffolent. Quand on saupoudre un peu de levure, on peut observer une marée blanche de collemboles s'agglutiner dessus en quelques minutes. C'est l'aliment numéro un pour une croissance rapide.
2. Le riz brut (non cuit) : Le grain de riz est un classique intemporel. On dépose quelques grains de riz cru sur le substrat. Avec l'humidité, le grain gonfle et commence à moisir. C'est précisément cette moisissure qui va nourrir la colonie pendant une à deux semaines de manière continue. C'est parfait si vous partez en vacances. Par contre, la valeur nutritionnelle est moins "explosive" que la levure.
3. Les flocons pour poissons d'aquarium : Très efficaces, riches en protéines, ils moisissent vite et sont dévorés à une vitesse folle. Cependant, ils ont tendance à sentir un peu mauvais en se décomposant. C'est une bonne alternative pour varier les plaisirs.
4. Les nourritures spécialisées : Il existe aujourd'hui sur le marché, notamment dans notre rayon alimentation, des poudres spécialement formulées pour la microfaune. Elles contiennent un équilibre parfait de spiruline, de levure, de calcium et de champignons mycorhiziens. C'est souvent l'option la plus sûre pour éviter les crashs de culture dus à une mauvaise décomposition.
La règle d'or du nourrissage : Le "Micro-dosage"
Si vous ne devez retenir qu'une seule chose de cet article concernant l'alimentation, c'est celle-ci : Il vaut mieux nourrir très peu mais très souvent, que beaucoup d'un coup.
La plus grosse erreur, celle qui m'a fait perdre mes trois premières souches, c'est la suralimentation. Vous voyez votre colonie grandir, vous êtes enthousiaste, vous mettez une grosse cuillère à soupe de levure dans la boîte en vous disant "ils vont se régaler". Le lendemain, la levure a formé une pâte gluante et malodorante, l'air de la boîte est saturé de gaz toxiques issus de la fermentation, et vos milliers de collemboles sont morts sur le dos.
Le rythme idéal pour une multiplication rapide, c'est de saupoudrer une quantité infime de nourriture (la valeur d'une pincée de sel) tous les 2 à 3 jours. Ouvrez la boîte : s'il reste de la nourriture de la fois précédente, ne rajoutez rien ! S'il ne reste rien, saupoudrez à nouveau. C'est cette constance dans l'apport nutritionnel sans jamais surcharger le système qui va pousser les femelles à pondre en continu.
Plan d'action : La recette étape par étape pour une multiplication express
Résumons la théorie dans un plan d'action pratique que vous pouvez mettre en œuvre dès aujourd'hui.
- Préparation de l'habitat : Prenez une boîte Tupperware de 1,5L. Lavez-la bien à l'eau chaude (sans produit chimique rémanent).
- Mise en place du substrat : Si vous choisissez le charbon, lavez-le à l'eau claire pour enlever la poussière, placez-le dans la boîte, ajoutez de l'eau osmosée jusqu'à couvrir 2 cm au fond.
- Ensemencement : Versez votre souche initiale de collemboles. Soyez patient, s'ils ne sont qu'une cinquantaine au départ, il faudra un peu de temps pour voir la magie opérer.
- Premier repas : Déposez 2 grains de riz cru d'un côté de la boîte, et une micro-pincée de levure de l'autre.
- Climatisation : Fermez hermétiquement. Placez la boîte dans un endroit sombre où la température avoisine les 24°C.
- Routine : Tous les 3 jours, ouvrez la boîte pendant quelques secondes. Observez. Respirez l'odeur (ça doit sentir le sous-bois humide ou la terre fraîche, jamais la pourriture acide). S'il n'y a plus de levure, remettez une pincée.
En suivant ce protocole à la lettre, une souche de 100 individus peut se transformer en une colonie de 5000 à 10000 individus en l'espace de 4 à 6 semaines. Vous verrez la surface du charbon grouiller littéralement comme un tapis vivant.
Les problèmes fréquents : Diagnostiquer et sauver sa culture
Même avec les meilleures intentions, il arrive que les choses tournent mal. L'élevage de la microfaune est une question d'équilibre biologique, et cet équilibre est fragile. Voici les problèmes que j'ai rencontrés et comment je les ai réglés.
Le cauchemar absolu : L'invasion d'acariens
Un jour, en ouvrant ma boîte, j'ai remarqué que les collemboles semblaient moins nombreux. À la place, il y avait de minuscules boules rondes, brunâtres ou blanchâtres, qui se déplaçaient plus lentement. Catastrophe : des acariens de l'humidité. Ces intrus arrivent souvent par le biais de la nourriture ou sont déjà présents en très faible quantité dans votre substrat naturel.
Les acariens détritivores sont en compétition directe avec les collemboles pour la nourriture, et ils se reproduisent souvent plus vite. Pire, certaines espèces d'acariens prédateurs s'attaquent directement aux collemboles et à leurs œufs.
Comment s'en débarrasser ? C'est difficile. La méthode douce consiste à cesser totalement de nourrir la culture pendant deux semaines. Les collemboles résistent mieux à la disette que beaucoup d'acariens. La méthode forte (et la plus efficace sur du charbon) : inonder complètement la boîte. Les collemboles vont flotter à la surface de l'eau grâce à leurs poils hydrophobes, tandis que beaucoup d'acariens vont couler ou s'accrocher au charbon. Il suffit alors de récupérer délicatement les collemboles flottants avec une cuillère ou de les verser dans une nouvelle boîte stérile avec du charbon neuf. Il faudra peut-être répéter l'opération.
Le crash bactérien : L'odeur d'œuf pourri
Vous ouvrez votre boîte et une odeur nauséabonde (ammoniac, soufre, œuf pourri) vous agresse les narines. C'est le signe d'un environnement devenu anaérobie (sans oxygène) à cause d'une suralimentation et d'une surpopulation bactérienne néfaste.
Le substrat s'est transformé en bouillie toxique. Dans ce cas, il faut agir dans l'heure. Si vous êtes sur charbon, rincez abondamment à l'eau claire (vous perdrez des individus, mais c'est pour sauver la souche). Retirez toute trace de nourriture avariée. Laissez la boîte ouverte pendant 24 heures (avec une moustiquaire) pour aérer et assécher légèrement, puis reprenez sur de bonnes bases. La prévention reste la meilleure cure : ayez la main légère sur la nourriture !
Le syndrome de la boîte vide (La stagnation)
Vos paramètres sont bons, vous nourrissez, mais la population stagne. Ils ne meurent pas, mais ils ne se multiplient pas. Cela peut venir de deux facteurs :
- La température est trop basse. Sous les 20°C, la multiplication est ralentie. Essayez de trouver un endroit un peu plus chaud.
- La consanguinité. Bien que les Folsomia soient parthénogénétiques, sur le très long terme (plusieurs années), une souche unique peut s'épuiser génétiquement. Il est très bénéfique d'acheter une nouvelle souche fraîche tous les 12 à 18 mois pour réinjecter du sang neuf et relancer la vigueur de la colonie.
La récolte : Comment introduire les collemboles dans le terrarium ?
Votre culture déborde. Il y en a tellement qu'ils commencent à grimper sur les parois quand vous ouvrez la boîte. Il est temps de les mettre au travail dans vos terrariums ! La méthode de récolte dépend de votre substrat.
Récolte sur culture de charbon
C'est la méthode la plus satisfaisante. Allez doucement au robinet ou utilisez votre bouteille d'eau osmosée. Versez l'eau dans la boîte de culture jusqu'à ce que le niveau dépasse le charbon. Tous les collemboles, grâce à l'air emprisonné dans leurs microscopiques poils hydrophobes, vont remonter à la surface et flotter en un vaste nuage blanc.
Prenez votre boîte et versez simplement ce nuage flottant (avec un peu d'eau) directement sur le substrat de votre terrarium. L'eau s'infiltrera, et les collemboles se disperseront immédiatement. Une fois l'opération terminée, penchez votre boîte de culture pour vider l'excédent d'eau en retenant le charbon, refermez, et c'est reparti pour un tour !
Récolte sur substrat terreux ou argile
On ne peut pas inonder du terreau sans créer une boue infâme. La technique de l'appât est donc requise. Déposez un gros morceau de champignon de Paris frais, une rondelle de courgette, ou un morceau d'écorce tartiné d'un peu de levure humide sur le substrat de votre élevage.
Revenez quelques heures plus tard. L'appât sera littéralement recouvert de milliers de collemboles. Prenez délicatement l'appât avec des pinces, placez-le au-dessus de votre terrarium, et tapotez-le doucement. Les collemboles tomberont en pluie sur votre sol. Répétez l'opération autant de fois que nécessaire.
L'impact magique sur vos terrariums plantés
Maintenant que vous maîtrisez la multiplication rapide, vous allez pouvoir ensemencer généreusement tous vos bacs. Mais pourquoi cet acharnement ? Quel est l'impact réel ?
J'en ai souvent parlé sur notre blog, mais un terrarium sans microfaune est une bombe à retardement biologique. Dans un milieu clos, chaud et humide, la matière organique morte (feuilles d'automnes, fientes d'animaux, exuvies de reptiles, restes de nourriture) va inévitablement pourrir. Sans détritivores, cette pourriture favorise le développement de champignons pathogènes (comme la fameuse moisissure filamenteuse blanche ou verte) et de bactéries qui peuvent attaquer les racines de vos plantes et provoquer des maladies chez vos animaux (infections cutanées chez les amphibiens, par exemple).
En introduisant une armée de collemboles que vous avez vous-même élevés, vous installez un système de nettoyage automatisé fonctionnant 24h/24. Ils vont dévorer la moisissure avant même que vous ne la voyiez à l'œil nu. Leurs déjections, microscopiques, sont un engrais naturel extrêmement puissant et directement assimilable par le système racinaire des plantes tropicales.
C'est l'essence même de la méthode bioactive. Le sol s'aère, s'enrichit, s'autorégule. L'odeur du terrarium passe d'une odeur de renfermé humide à l'odeur très agréable de sous-bois après une pluie d'été. C'est grâce à ces efforts d'élevage en coulisses que vous obtenez un morceau de nature saine et vibrante dans votre salon.
L'étape supérieure : Diversifier sa microfaune
Les collemboles sont exceptionnels, mais ils ont leurs limites. Ils s'occupent principalement des champignons et des micro-déchets mous. Si vous voulez un écosystème parfait, il faudra tôt ou tard associer votre culture de collemboles à d'autres détritivores.
Les cloportes (isopodes) sont les partenaires idéaux. Là où le collembole gère le microscopique, le cloporte gère le macroscopique : feuilles mortes entières, gros morceaux de bois pourri, mues de reptiles. Les deux espèces ne se concurrencent pas, elles sont complémentaires. D'ailleurs, les paramètres d'élevage des cloportes sont très similaires à ceux des collemboles, bien qu'ils nécessitent un substrat obligatoirement terreux et une source importante de calcium. Vous pouvez tout à fait cohabiter une souche de collemboles dans votre élevage de cloportes, ils aideront à garder la boîte propre !
N'hésitez pas à explorer nos différentes options pour compléter votre équipe de nettoyage et rendre vos terrariums autonomes au maximum.
FAQ de la culture de collemboles
Pour terminer ce guide ultra-complet, voici les réponses aux questions que l'on me pose le plus souvent à la boutique ou sur les réseaux concernant l'élevage de ces formidables petites bêtes.
Combien de temps vit un collembole ?
La durée de vie d'un individu dépend de son espèce et surtout de la température. À une température ambiante de 20-22°C, un collembole type Folsomia candida vit en moyenne 6 à 10 mois. Cependant, dans une culture qui se porte bien, le renouvellement des générations est si rapide que la mort de vieillesse des individus passe totalement inaperçue.
Les collemboles peuvent-ils s'échapper et envahir ma maison ?
C'est une crainte très fréquente chez les débutants (et surtout chez leurs conjoints !). Rassurez-vous : c'est biologiquement impossible. Les collemboles tropicaux que nous élevons ont un besoin vital d'une humidité très élevée (plus de 80%). S'ils sortent de leur boîte ou de votre terrarium, l'air ambiant de votre maison (qui tourne généralement autour de 40-50% d'humidité) va les dessécher et les tuer en quelques heures. Il n'y a strictement aucun risque d'infestation domestique.
Est-ce que les collemboles piquent ou mordent ?
Non, absolument pas. Ils n'ont pas l'appareil buccal nécessaire pour percer la peau humaine, ni la peau de vos reptiles ou amphibiens. Ils sont strictement détritivores et se nourrissent de matière morte. Ils sont totalement inoffensifs pour nous et nos animaux.
J'ai mis trop d'eau dans mon élevage sur charbon, est-ce grave ?
Oui et non. Les collemboles flottent sur l'eau, ils ne se noieront pas immédiatement. En revanche, s'il n'y a plus aucun morceau de charbon qui dépasse de la surface de l'eau, ils n'auront plus d'endroit où se poser pour pondre, se reposer et se nourrir correctement de la levure. L'eau limite la surface "habitable". Il suffit de vider délicatement le surplus d'eau dans l'évier (en retenant les collemboles ou en acceptant d'en perdre quelques-uns au passage) pour ramener le niveau à environ 1/3 de la hauteur du charbon.
Puis-je utiliser du terreau pour plantes d'intérieur classique pour mon substrat ?
C'est très fortement déconseillé. Les terreaux vendus en jardinerie pour les plantes d'intérieur sont presque toujours enrichis en engrais chimiques (billes d'engrais à libération lente, NPK synthétique) qui sont toxiques pour la microfaune. De plus, ils peuvent contenir des pesticides ou être traités. Utilisez toujours des substrats neutres comme la fibre de coco pure, la tourbe blonde, ou des mélanges spécifiques pour terrarium garantis sans produits chimiques.
Quand faut-il changer le charbon de ma culture ?
Le charbon ne se "périme" pas rapidement, mais au bout de 6 à 12 mois, à force de recevoir de la nourriture, des déjections et de l'eau, il peut se saturer et devenir un bouillon de culture propice aux bactéries anaérobies. Si l'eau au fond de la boîte devient jaunâtre, brune, ou qu'elle sent mauvais de façon persistante malgré l'arrêt des nourrissages, il est temps de refaire la culture. Récoltez un maximum de collemboles, jetez l'ancien charbon, lavez la boîte et repartez à zéro.
En conclusion, multiplier rapidement sa culture de collemboles n'est pas de la magie, c'est de la méthode. De la chaleur douce, une humidité constante, une obscurité réconfortante et surtout, une alimentation très légère mais régulière avec de la levure de bière. Avec de la patience lors du premier mois, vous obtiendrez une source inépuisable de jardiniers microscopiques pour entretenir la santé de tous vos terrariums plantés. Lancez-vous, expérimentez, faites des erreurs s'il le faut, mais surtout : profitez du processus. L'observation de la microfaune est souvent tout aussi passionnante que l'observation des animaux plus grands qu'elle sert à maintenir en vie.
